Biographie

Si l’Acadie a découvert la musique et les membres du groupe Écarlate dès 2021, alors qu’ils ont remporté cette année-là plusieurs prix lors de concours et de galas, dont celui du prestigieux Gala de la chanson de Caraquet, il en va autrement de Samuel LeBlanc, qui a été mis sous les feux de la rampe en 2023, grâce au film documentaire du cinéaste acadien Julien Cadieux, « Y’a une étoile ».

Écarlate est un groupe composé de Clémence Langlois, Daphnée McIntyre et Samuel LeBlanc, trois multi-instrumentistes de Moncton au Nouveau-Brunswick, qui présentent des ballades attendrissantes depuis plus de trois ans. En pleine pandémie, alors qu’ils sont tous trois âgés de 17 ans, le groupe remporte la 17e édition d’Accros de la chanson et la 52e édition du Gala de la chanson de Caraquet, ce qui propulsera leur carrière sur la scène des Maritimes.

 Écarlate 
« Leur musique haute en émotion, purement venue du cœur, cartographie leur passage de l’adolescence vers l’âge adulte et touche les cœurs de petits et grands. Leur monde nostalgique et leurs morceaux tantôt poignantes, tantôt plus humoristiques, sauront vous border à travers un arc-en-ciel d’émotions fortes », peut-on lire dans un média régional.

Maintenant à l’aube de la vingtaine et un bagage de plus à leur côté, le groupe se cristallise dans une esthétique de sons variés en goutant au folk, pop et country, dans l’authenticité, l’exploration et leur douce touche personnelle. Comme leur vécu, leur spectacle est une aventure, un voyage dans le temps et une rêverie du futur.

Justement, leur vécu, plus particulièrement celui de Samuel LeBlanc, jeune musicien transgenre, a retenu l’attention du cinéaste de Shediac pour la réalisation du film « Y'a une étoile ». Julien Cadieux a choisi de mettre en vedette les trois membres du groupe Écarlate, et particulièrement Samuel LeBlanc, autour de la chanson d’Angèle Arsenault qui porte ce titre.

Écarlate
Originaire de Sainte-Marie-de-Kent au Nouveau-Brunswick, Samuel LeBlanc s’est longtemps questionné sur son identité queer et son identité culturelle, l’amenant à chercher une réponse à la question : « L’Acadie queer, ça existe-tu ? ». C’est cet aspect de sa personnalité que le film met en lumière.

« Les paroles d'Angèle Arsenault font écho à un moment où le féminisme était très portant, la parole féministe était importante. Et les enjeux féministes sont les enjeux de la communauté queer. L'émancipation des femmes qu'on a pu commencer à voir dans les années 60, 70 et 80, sont les mêmes choses que les personnes trans peuvent vivre », explique le cinéaste, dont le film s’est mérité les honneurs en mai 2024 lors du Gala les Éloizes à Shediac.

« C'est vraiment quand j'ai fait la rencontre de Sam et d’Écarlate que ça a donné la bouffée de fraîcheur au film pour qu'il puisse prendre son envol », ajoute Julien Cadieux.

écarlate Julien Cadieux

Vignette-photo : Clémence Langlois, Samuel LeBlanc et Daphnée McIntyre du groupe Écarlate, avec le cinéaste Julien Cadieux (2e à partir de la droite), réalisateur du documentaire musical « Y'a une étoile ».


Samuel LeBlanc témoigne de la chance qu’il a eue, grâce au tournage du film, de rencontrer toutes ces personnes, de voyager un peu à travers l'Acadie et de rencontrer des gens qui vivent un peu les mêmes choses que lui, qui ont vécu une identité queer et une identité acadienne.

écarlate Julien Cadieux
Profitant de l’élan et de la visibilité qui leur ont été accordés depuis trois ans, le trio groupe Écarlate a lancé son tout premier EP de cinq chansons, « Fleur de peau » dans le cadre d’Acadie Rock 2023.

Samuel LeBlanc veut poursuivre sa passion de la musique. Il a plein de projets qu’il entend bien mettre de l’avant avec ses collègues d’Écarlate. En attendant, le groupe a un carnet de spectacles bien rempli d’ici la fin de l’année 2024.

Écarlate
facebook.com/ecarlatemusique
(506) 961-1888
ecarlatemusique@gmail.com

Tôt un matin du début de mai, autour d’un café au Adorable Chocolat de Shediac, en Acadie, sa ville de résidence, Julien Cadieux accepte de livrer un pan de sa déjà vaste expérience de cinéaste, scénariste, réalisateur et monteur.

Cadieux
Rapidement, la question de l’inclusion surgit et devient presque le point central de cet entretien. Parce que pour lui, c’est ça qui le motive dans son œuvre de cinéaste : donner la parole et exposer le vécu de gens qui vivent des enjeux reliés à leur identité, à leurs origines, à leur sexualité, à leurs démêlés avec les institutions et organisations, à la justice sociale, entre autres.

 
Depuis 2008, après des études en cinéma à l’Université Concordia à Montréal, il a enfilé les projets et les réalisations, dont certaines ont été primées et ont connu un vif succès auprès d’une diversité de communautés. « Le cinéma en Acadie a un réel impact dans la communauté. Il faut que les gens se voient dans le cinéma. C’est ce qui m’anime d’abord dans mes productions », assure-t-il.

Cadieux
Il a personnellement scénarisé, fait le montage et réalisé une douzaine de productions, la plupart reliées à des sujets acadiens, dont les plus connus sont Y’a une étoile (2023), Daniel Le Tisserand (2023), Farlaques (2021), Métisser une rivière (2020). Au Québec, son documentaire Guilda : elle est bien dans ma peau (2014) sur ce célèbre artiste transformiste montréalais, d’origine française, véritable précurseur de la diversité sexuelle pendant une soixante d’années.

 
Plusieurs de ces films ont été primés lors de festivals de cinéma ici ou ailleurs, au Québec, au Canada et même en France et aux États-Unis. C’est particulièrement ses films à thématique queer qui connaissent une plus importante visibilité et reconnaissance. Justement parce qu’ils donnent la parole ou mettent en lumière des situations particulières reliées à des membres des diverses communautés LGBT.
Julien Cadieux a aussi contribué au montage et à la scénarisation d’une vingtaine d’autres productions en cinéma ou vidéo depuis 2006.

Cadieux Avec Dan Robichaud,, du film Daniel Le Tisserand


Y a-t-il une vie queer en dehors des grandes villes ? À cette question, Julien Cadieux répond que c’est possible, mais que diverses contraintes peuvent décourager ceux et celles qui souhaiteraient poursuivre leur vie en milieu rural, par exemple en Acadie, où les services de santé adaptés aux clientèles LGBT sont presque inexistants. Plusieurs choisissent donc de quitter les régions pour aller vivre en milieu urbain, comme à Moncton, même si tout n’y est pas facile d’accès. C’est ce genre de problématique qu’il aborde et traite dans plusieurs de ses documentaires.


La question de l’inclusion l’intéresse particulièrement. C’est dans ce contexte qu’il entreprend sous peu un film portant sur un projet d’immigration dans la région de Cap-Pelé où de nombreux travailleurs étrangers temporaires provenant du Mexique, de la Jamaïque et des Philippines, entre autres, sont confrontés à des situations difficiles d’inclusion. Le cas de personnes LGBT parmi elles est aussi préoccupante, selon Julien Cadieux.

Cadieux 
Dans son film « Y’a une étoile », on rencontre Samuel Leblanc, jeune musicien transgenre, qui entreprend un voyage avec ses amis du groupe Écarlate à travers l’œuvre de l’artiste acadienne Angèle Arseneault. Originaire d’un petit village, Samuel s’est longtemps questionné sur son identité queer et son identité culturelle. On y découvre par sa double minorité et le parcours de jeunes comme lui, le constat que malgré les embuches, « il y a une étoile pour chacun de nous ».


Ce film constitue une évocation très franche de ce que Julien Cadieux souhaite démontrer et présenter dans son cinéma documentaire, en lien avec l’Acadie, l’identité queer, la réalité des arts qui le passionnent et des rencontres humaines qu’il fait tout au long de son parcours.

Soulignons que Julien Cadieux a été nommé « artiste de l'année en arts médiatiques », justement pour le film Y'a une étoile lors de la soirée Les Éloizes 2024, le gala annuel de l'Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, à Shediac le dimanche 12 mai dernier.

Cadieux Cadieux

Julien Cadieux, cinéaste
Shediac, NB
facebook.com/julien.cadieux

Poète de la jeunesse et de l’urbanité selon plusieurs, le 30 mai 2005, l’artiste Gérald Leblanc succombait à une longue lutte contre le cancer. Il avait 59 ans. Originaire de Bouctouche, il aura influencé la vie culturelle acadienne de multiples façons.


L’Acadie a perdu alors l’un de ses plus illustres poètes, pour qui la recherche de ses racines personnelles servait de tremplin à une voix foncièrement acadienne. Son langage poétique est celui du « chiac », ce parler du sud-est du Nouveau-Brunswick dont Leblanc est le champion incontesté. Sa voix poétique, riche et abondante, s’affirme fièrement sans aucune recherche de validation extérieure.

 
Éloge du chiac Gérald Leblanc
Auteur d’une anthologie de poésie acadienne, il stimule d’autres voix. Sa poésie pose la question suivante : « Qu’est-ce que l’identité acadienne ? » Son œuvre littéraire est immense. Les thèmes y sont multiples. En 1986, l'auteur célèbre l'absolu de l'amour dans Lieux transitoires et il en profite pour affirmer son homosexualité.

Lieux Transitoires Gérald Leblanc

Il dirige les Éditions Perce-Neige à Moncton, une maison d'édition qui se consacre à la nouvelle littérature acadienne de 1991 à sa mort. Au cours de cette période, il organise de nombreuses soirées et rencontres littéraires. Il a également été l’un des principaux paroliers du groupe 1755, qui a fait fureur dans les années 70. On lui doit quelques classiques de la chanson acadienne, dont certains seront  repris par Marie-Jo Thériault.

Cet homme de lettres prolifique et engagé s’est aussi livré à quelques reprises sur ce qui l’a inspiré et aussi choqué. Dans une longue correspondance (Lettres à mon ami américain 1967-2003) entretenue avec son cousin Joseph Olivier Roy, un enseignant américain originaire de l’Acadie, 161 lettres écrites pendant 36 ans, il partage son intérêt pour la littérature et son évolution personnelle en parallèle à celle de l'Acadie au fil des ans.


Il y aborde d’ailleurs des éléments qui en disent long sur sa personnalité : « Des alcooliques, des putains, des fanatiques religieux, des homosexuels, etc. J’ai du sang très, très vicieux qui me coule dans les veines, j’ai une hérédité chargée de passion, de haine, de débauche et de péché (remarque que je ne dis pas AMOUR, enfin drôle de race). »


Leblanc affirme qu’il a « toujours aimé écrire des lettres » et que Roy n’est qu’un parmi ses nombreux correspondants d’alors : « […] une quinzaine de personnes, une dizaine de ‘Gay boys’, une lesbienne, quelques autres de ces êtres ‘normaux’ depuis les dix dernières années, si on collectionnait [sic] toute ma correspondance, il y aurait de quoi remplir 2 000 tomes au moins ».


L’extrême frontière, long métrage documentaire de Rodrigue Jean (2006) à l’ONF célèbre le poète Gérald Leblanc. Faisant rimer errance et appartenance, cet enfant de la Beat Generation a vécu loin de tous les tabous et propulsé l'Acadie dans la modernité. Le film est sorti un  an après le décès du poète.

En 2020, à l'initiative de deux professeurs de l'université, la Ville de Moncton inaugurait un parc qui porte désormais son nom juste devant l'hôtel de ville.

Parc Gérald-Leblanc Moncton

MichelMarc

N é à Saint-Cœur-de-Marie, un village du lac Saint-Jean maintenant annexé à Alma, Michel-Marc Bouchard compte parmi les plus grands dramaturges du Québec. Dès l’âge de 24 ans, il crée Les Feluettes ou la répétition d’un drame romantique, un véritable Roméo et Juliette gai dont il situe l’action à Roberval, dans son Lac Saint-Jean natal au début du siècle dernier, un pièce coup de poing qui le fera connaitre du grand public. Encore aujourd’hui, rares sont les pièces mettant en scène un tel drame romantique où deux jeunes Roméo se retrouvent séparés par l’homophobie. Traduite en plusieurs langues, portée au cinéma par le réalisateur canadien John Greyson, cette oeuvre demeure un fleuron de notre culture. L’Opéra de Montréal présente en mai 2016, l’adaptation de sa pièce pour l’opéra sur une trame musicale du compositeur australien Kevin March.

Depuis son arrivée en 1985 dans le paysage dramaturgique, Michel Marc Bouchard a bouleversé les conventions. Instigateur d’une parole théâtrale gaie, on lui doit certains des plus grands succès du théâtre québécois. À la différence de Michel Tremblay, l’oeuvre de Bouchard s’intéresse à la vie gaie en dehors des grands centres. Le jeune réalisateur Xavier Dolan a choisi d’adapter sur grand écran avec succès Tom à la ferme, l’une des pièces de ce prolifique auteur (une vingtaine de pièces à son actif). Il raconte l’histoire d’un jeune homme qui, venu à la campagne pour assister aux funérailles de son amant, découvre sur place que ce dernier avait caché son orientation sexuelle à sa famille.

Ces autres pièces sont régulièrement à l’affiche comme Christine, la reine garçon en 2012, Les Muses Orphelines et Tom à La Ferme qui poursuit ses chemins cinématographiques et théâtraux en accumulant des prix dans le monde entier.

La carrière de Michel Marc Bouchard a été ponctuée de nombreuses reconnaissances. Boursier du Conseil des Arts du Canada et de celui de l’Ontario, il fut trois fois finaliste au prix littéraire du Gouverneur-général du Canada et au gala des Masques dans la catégorie meilleure texte original. Il a été honoré du prix du CNA en 1992 et a été reçu officier de l’Ordre du Canada en 2005. En 2014, Michel Marc Bouchard a reçu le prix Laurent-McCutcheon, anciennement appelé Prix de Lutte contre l’Homophobie, par la Fondation Émergence.

CELINE-DION-FEATURECéline Dion est certainement la québécoise la plus connue à travers le monde. La p’tite fille de Charlemagne, petite ville de Lanaudière, a chanté pour la première fois en public ici dans le resto-bar de son père Le Vieux Baril. Sa vie aura été bien différente de la Céline du chanteur français Hugues Aufray à qui elle doit son nom. La cadette de quatorze enfants aura eu la carrière la plus extraordinaire qui soit. Une carrière qui aura débuté par la chanson composée pour elle par sa mère Ce n’était qu’un rêve, mais son rêve de devenir chanteuse s’est réalisé de la manière la plus merveilleuse qui soit. Elle fait aujourd’hui partie avec plus de 230 millions d’albums vendus dans le monde de la courte liste des cinq chanteuses les plus populaires de tous les temps.

Après des débuts plutôt conservateurs avec un premier album intitulé La voix du bon Dieu et comme premier succès la chanson Une colombe interprété au Stade Olympique de Montréal lors de la visite du pape Jean-Paul II, Céline Dion amorce un virage après son premier grand succès Incognito en 1988.

Mais c’est en 1991, il y aura 25 ans cette année, avec son premier grand succès international francophone l’album Dion chante Plamondon qu’elle devient une icône dans la communauté gaie alors qu’elle reprend le succès de Starmania Un garçon pas comme les autres et qu’elle interprète pour la première fois L’amour existe encore en plein épidémie du sida. Elle consolide son rôle d’icône en n’hésitant pas au fil des ans à s’associer à des festivités de la fierté gaie et à sortir de sa réserve sur les enjeux politiques pour se prononcer en faveur du mariage gai et de l’adoption par les couples gais et lesbiens.

Son succès L’amour existe encore prend un sens tout personnel quand elle résonne en 2016 aux funérailles nationales de son mari et gérant René Angélil, décédé du cancer, dans la même église Notre-Dame de Montréal où elle s’était marié vingt-et-un ans plus tôt.

La modeste maison d’enfance de Céline Dion où elle a appris en famille à chanter, au 130, rue Notre-Dame à Charlemagne, qui avait été transformé en commerce avant d’être rachetée par la famille, a fait place en 2015 à une nouvelle bâtisse qui loge notamment la Fondation Maman Dion. En juillet et août 2016, la tournée qui suivra la parution d’un nouvel album francophone l’amènera au Québec pour le plus grand plaisir de ses fans.

 

Pierre_Lapointe_2015_-_2_(credit_Shayne_Laverdiere)

S’il est né à Alma, c’est à Gatineau que Pierre Lapointe a grandi et a développé sa passion pour la chanson. C’est là qu’après avoir complété un diplôme en arts plastiques il s’inscrit au concours de la chanson Tout nouveau, tout show, avant de remporter en septembre 2001, le Premier Prix de la catégorie auteur compositeur interprète au Festival international de la chanson de Granby. Ce succès lui permet de présenter en novembre 2002 deux spectacles à Montréal, spectacles acclamés par la critique, puis de préparer son premier album. Sa carrière est lancée et elle franchit bientôt l’océan pour connaître un net succès en France.

Son œuvre s'inscrit dans la tradition de la chanson française avec des chansons aux textes travaillés, mais Pierre Lapointe est aussi influencé par la musique pop qu’il utilise pour la renouveler. Les arts graphiques et en particulier l’art numérique colorent l’univers de ses vidéoclips, un univers onirique et paradoxal, entre chansons mélancoliques et obscures sur fond de scénographies colorées voire provocatrices.

S’il se définit lui-même comme un chanteur populaire, il s’est d’abord fait connaître en se construisant un personnage de dandy égocentrique qui lui a permis de créer un décalage volontaire entre l'artiste sur scène et sa production largement biographique.

Si les relations amoureuses sont un des sujets de prédilection des chansons de Pierre Lapointe, il est demeuré jusqu’à tout récemment assez discret sur sa vie amoureuse. Après avoir parlé pour la première fois publiquement de son homosexualité en 2013, il s’est confié au journal parisien Libération en 2015. «C’est clair que j’aime les hommes, mais je n’en fais pas une cause à défendre, je ne veux que pas que ça prenne le dessus. J’ai mis du temps avant d’en parler au Québec. Je voulais qu’on pense d’abord à l’artiste avant de penser à son orientation sexuelle. C’est ce qui s’est passé. A notre époque, on n’est plus obligé de crier son homosexualité, il suffit de la vivre.»

steve

C’est dans la Petite Italie de Montréal qu’est né Steve Galluccio, le scénariste de Mambo Italiano et de Funkytown, au début des années 1960, même s’il a grandi plus au nord dans le quartier Ahuntsic. Ouvertement gai, italien, montréalais et québécois, ces identités sont omniprésentes dans ses œuvres. Auteur de huit pièces de théâtre et lauréat de trois Gémeaux, Steve Galluccio qui parle couramment l'italien, le français et l'anglais, a également participé à l’écriture de scénarios pour des séries télévisées qui ont fait leur marque, dont Un gars, une fille. Sa pièce Mambo Italiano qui raconte avec humour l’amour difficile pour la famille italienne entre le fils Angelo et son ami d’enfance, le policier Nino, a été créée par la Compagnie Jean Duceppe, dans une traduction de Michel Tremblay, au cours de la saison 2000-2001 et a suscité l’engouement de la critique et du public. À l’automne 2001, la pièce était produite, dans sa version anglaise, au théâtre Centaur avec un succès inégalé pour cette salle. Il a participé à l’adaptation cinématographique de sa pièce réalisée par Émile Gaudreault qu’on a pu voir sur grand écran au printemps 2003.

Il a aussi écrit en anglais la mini-série Ciao Bella d’abord diffusée par CBC/Radio-Canada qui a connu une diffusion internationale. Plus récemment, en collaboration avec son complice Émile Gaudreault, il écrit la comédie dramatique Comment survivre à sa mère? qui a remporté le Prix du film canadien le plus populaire au Festival des Films du Monde de Montréal en 2007.

En 2011, Steve Galluccio nous a offert le long métrage Funkytown qui rappelle les belles années du disco au tournant des années 1970 et 1980 à Montréal dans le décor du Lime Light, un établissement très fréquenté par la clientèle gaie à l’époque. En octobre 2013, il a présenté sa nouvelle pièce The St.Léonard Chronicles au théâtre Centaur et en version française Les Chroniques de St-Léonard au Théâtre Jean-Duceppe en 2014-2015, pièce qui nous replonge dans la famille italienne de ce pôle de la communauté italo-montréalaise de la seconde moitié du XXe siècle.

Dave-St-Pierre

Né à Saint-Jérome, Dave St-Pierre est l’un des plus talentueux chorégraphes du Québec. Bien qu'atteint de fibrose kystique, il a mené une brillante carrière d'interprète en danse contemporaine avant que les limitations de sa maladie l'obligent à se tourner vers la chorégraphie. Après une greffe des poumons qu’il a raconté à la caméra dans le documentaire de Brigitte Poupart Over my dead body en 2012, il a poursuivi sa carrière qui l’a amené à se produire à travers le monde.

Le très audacieux danseur et chorégraphe a accumulé une impressionnante feuille de route, notamment avec Brouhaha Danse, de 1990 à 1996. Il a dansé par la suite pour plusieurs chorégraphes québécois, dont Harold Rhéaume, Daniel Léveillé et Jean-Pierre Perrault parcourant le Canada, les États-Unis et l’Europe. Dave St-Pierre a aussi foulé les planches dans plusieurs créations dont la comédie musicale Notre-Dame de Paris. Au cinéma, il a participé à deux productions de Cinéquanon Film, dont L’enfant de la musique, dans lequel il incarne Mozart, le rôle principal.

En 2004, il fonde sa propre compagnie. Dave St-Pierre crée alors des pièces à la fois sauvages et ébouriffées, déjantées et provocatrices, touchantes et tragiques. Sa trilogie amorcée avec La pornographie des âmes s’est inscrite comme le porte-étendard de l’énergie brute. C’est avec cette pièce que Dave St-Pierre fait sa marque. La pièce, présentée cinq fois à Montréal remporte le prix du Meilleur spectacle 2004 à Francfort. La pornographie des âmes a également été présentée en Europe à Munich, Berlin, Salzbourg, Wolfsburg et Amsterdam. Autant saluée par la presse que par le public, elle a été présentée de nombreuses fois à l’international. La pornographie des âmes (2004), Un peu de tendresse bordel de merde ! (2006) et Foudres (2012) ont été vues dans plusieurs festivals d’envergure tels que Le Festival d’Avignon et de prestigieux théâtres tels que le Théâtre de la Ville de Paris et le Sadler’s Wells (Londres). Ces pièces La Pornographie des âmes et Un Peu de tendresse bordel de merde!, deux oeuvres de groupe fortes, provocatrices, poétiques, créées dans l'urgence, ont connu un vif succès.

En parallèle, la compagnie a produit les spectacles Over my dead body (2009), Bibelot (2010) et Fake (2015). Dans Fake, Dave St-Pierre rencontre Céline Dion interprétée par un jeune acteur travesti et il s’interroge sur le vrai et le faux dans la démarche artistique.

La danse de la compagnie Dave St-Pierre est brute, toujours en alerte. Des mouvements saccadés, des attrapées violentes, des étreintes fragiles, faisant la plupart du temps appel à la nudité. Ne pas cacher la difficulté d’exécution, la fatigue, l’effort. Elle veut plutôt montrer, sans fard, en simplicité.

On a pu voir le travail chorégraphique de Dave dans plusieurs pièces de théâtre à Montréal, dont Le traitement, mise en scène par Claude Poissant à l’Espace Go en 2005. Brigitte Poupart l’approche pour travailler sur son spectacle Cérémonials et le Théâtre du Nouveau Monde fait appel à lui pour signer la direction de mouvement dans le classique La Tempête, mis en scène par Victor Pilon et Michel Lemieux.

Parallèlement, il collabore avec le Cirque du Soleil. En 2004, il signe la chorégraphie du méga-spectacle Soleil de Minuit, présenté à plus de 200 000 personnes dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. Au cours de la même année, il remanie certaines sections chorégraphiques du spectacle Zumanity. En 2011, Love marque sa troisième collaboration avec le Cirque du Soleil.


Mado Lamotte est un personnage incontournable de la vie nocturne du Village depuis maintenant plus de vingt ans. Tellement incontournable qu’elle a littéralement tête sur rue dans l’enseigne du Cabaret Mado qui porte son nom depuis 2002 et où elle est indubitablement la reine des lieux. De loin la plus connue des drag queens du Québec, elle a révolutionné le genre par son personnage extravagant et caricatural à l’humour bitch grinchant, ses perruques, ses maquillages flyées et ses costumes délirants. Une notoriété qui s’est même installé outre-Atlantique où elle aime bitcher nos cousins français qui l’invitent et en redemandent à Paris.

Luc Provost, l’homme derrière la bitch, a d’abord créé et rodé son personnage comme danseuse au Poodle, puis comme cigarette-girl au bar Le Lézard, sur le Plateau, dans le cadre des premiers Mardis interdits et aux Jeudis gais du Royal, les soirées Queenex dans le Quartier latin.

Mado a fait les belles heures de la vie gaie montréalaise avec ses fameux bingos initiés au bar Zorro avant de devenir les délirants Bingos à Mado au Sky Pub, puis au défunt Spectrum dans le Quartier des spectacles avant de faire le tour du Québec jusqu’au très chic Casino de Montréal. Elle est devenue une figure connue de la télé québécoise en participant à diverses émissions de variété et en agissant comme commentatrice des défilés de la fierté à la fin des années 1990 au défunt réseau Télévision Quatre Saisons.

Pendant des années, elle a attiré les plus grandes foules, des dizaines de milliers de spectateurs, à son spectacle annuel sur rue Mascara : La nuit des drags lors du festival LGBT Divers/Cité, l'un des plus grands événements drag au monde. Avec plus de 500 costumes de scène pour faire vivre son personnage, c’est une grande star dans l’univers des drag queens.

Autant de notoriété en a fait une des icônes de cire au Musée Grévin de Montréal depuis son ouverture en 2013. Mais mieux vaut aller la voir en personne dans son royaume, le Cabaret Mado pour goûter (ou subir) son humour grinchant.

141105_sm89q_pluson_andre_brassard_sn635

Le plus important metteur en scène du Québec avec à son actif plus de 140 directions sur les planches, André Brassard  a grandi à Rosemont où il habite toujours. Sa connaissance de l’univers du Vieux-Rosemont qui ressemble passablement au Plateau-Mont-Royal voisin n’est certes pas étrangère à la rencontre qui allait faire de lui le metteur en scène de toutes les pièces de Tremblay pendant presque vingt-cinq ans. C’est sa parenté profonde avec le monde de Michel Tremblay qui a fait d’André Brassard l’un des metteurs en scène les plus estimés et respectés du Québec.

La première bombe du tandem Tremblay-Brassard éclate au Théâtre du Rideau Vert en 1968 avec Les Belles-Sœurs. Pour la première fois, le ‘joual’ québécois monte sur les planches pour exprimer un drame universel. Ce coup d’envoi est véritablement un coup de maître: la dramaturgie québécoise, après Gélinas et Dubé, vient de prendre un envol qui révolutionnera toute la société.

Deux ans plus tard, il inaugure la scène du Centre national des Arts d’Ottawa avec son ami Tremblay dans une adaptation de Lysistrata d’Aristophane. Aux débuts des années 1970, il réalise les films Françoise Durocher, waitress et Il était une fois dans l’Est en collaboration avec Michel Tremblay. Il a reçu pour cette œuvre immense de 1985 à 2007 plusieurs prix du milieu du théâtre. En 2004, la soirée des Masques lui décernait le Prix Hommage pour l’ensemble de son œuvre. On lui doit aussi la première mise en scène des Feluettes de Michel-Marc Bouchard en 1986 pour laquelle il recevra en 1989 le Prix Gascon-Roux.

André Brassard devient ainsi directeur artistique du Théâtre français du Centre national des Arts d’Ottawa de 1983 à 1989. Puis, de 1991 et 2000, il assure également la direction artistique de la section française de l’École nationale de théâtre du Canada établie à Montréal.

Ralenti considérablement par un accident vasculaire cérébral en 1999, Brassard s’est livré sans faux-fuyant dans sa biographie parue en 2010. Il y a affirmé notamment avoir toujours été ouvertement homosexuel, mais ne s’être jamais associé au Village. Son homosexualité, estime-t-il, devait l’ouvrir vers l’universel plutôt qu’entrainer un repli sur soi. La Grande Bibliothèque du Québec lui a consacré l’exposition Échos en 2015. Il célèbrait en 2021 ses 75 ans.

Enregistrer