Janette Bertrand a eu 100 ans en mars 2025. Tout le Québec a honoré sa vitalité, son parcours unique et son impact important sur la société québécoise à maints égards. Son ami de longue date, Michel Dorais, professeur émérite à la retraite de l’Université Laval, Expert-conseil, sociologue de l'intimité et de la sexualité, a rédigé ce portrait et ce profil historique auquel il a été associé de près pendant une bonne partie de la carrière de Janette.
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Janette Bertrand est née et a grandi rue Ontario, entre les rues Frontenac et Iberville, dans ce qu’on appelait à l’époque la Faubourg à M’lasse (contraction de mélasse). Elle-même utilise d’ailleurs ce terme dans sa biographie Ma vie en trois actes. La proximité du port, où étaient alors déchargés les barils de mélasse, pourrait expliquer le nom donné à ce quartier. Certains croient plutôt que c’est la grande consommation de mélasse, pas chère, par les familles ouvrières qui serait à l’origine de cette appellation, dès le 19e siècle. Une murale à l‘effigie de Janette Bertrand a été d’ailleurs inaugurée, en sa présence, rue Ontario coin Montgomery, à l’automne 2024.

Ce quartier est aussi celui où se trouvent encore aujourd’hui les studios de Télé-Québec, d’où les émissions les plus célèbres de Janette Bertrand, comme Parler pour parler et Avec un grand A, étaient enregistrées et diffusées. C’était donc tout près du magasin de vêtements jadis tenu par son père. Avoir vécu son enfance et son adolescence dans un quartier ouvrier a amené l’animatrice à côtoyer les gens humbles, qui sont souvent les plus vrais. Ce qui l’a marquée.
Comme jeune journaliste, elle s’est rapidement intéressée aux personnes en questionnement ou en souffrance, faisant de son mieux pour les soutenir à travers la chronique Le refuge sentimental qu’elle a tenu de 1953 à 1969 dans Le Petit Journal, hebdomadaire en ce moment-là très lu. Sa réputation d’avoir une grande oreille, hyper attentive, remonte à cette époque, alors qu’elle répondait avec compassion aux nombreuses lettres qu’elle recevait.
Bien que plus jeune qu’elle, le hasard de la vie a fait que nous sommes nés dans le même coin, ce qui a sans doute contribué à notre amitié : au propre comme au figuré, nous parlons la même langue. Nous sommes aussi deux personnes assoiffées de nouvelles connaissances, boulimiques de lecture, ayant compris très tôt dans la vie que le savoir était une porte d’entrée sur le monde, quelles que soient nos origines sociales. Comme faire le pas de la lecture à l’écriture est parfois tentant, nous avons aussi cela en commun, en plus d’aborder des sujets sensibles, voire tabous. Puisque Janette Bertrand aime beaucoup encourager les autres à écrire, elle fut et demeure sur ce plan non seulement un modèle mais une fabuleuse mentore.
Comme les studios des grandes chaînes de télévision logent dans le quartier gai, voisin du Faubourg à M’lasse, je peux témoigner de la surprise des gens de la voir attablée dans un petit resto du Village à l’heure du dîner en revenant d’un enregistrement d’émission. Prendre un repas à ses côtés est presque une aventure : tout le monde veut lui parler, la remercier de ce qu’elle a fait pour le Québec. Les personnes LGBT en particulier lui sont très reconnaissantes d’avoir été la première à parler positivement de leurs réalités à la télé, à des heures de grande écoute, invitant pour ce faire des gens de leurs communautés.
Nul besoin d’être une vedette pour se retrouver aux émissions de Janette Bertrand ! Cette simplicité et cette humilité qui la caractérisent depuis toujours ont beaucoup contribué à son succès. Avant d’être un trésor national, elle fut et demeure un porte-voix pour les personnes marginalisées de tous âges.
Photo : page Facebook de Michel Dorais
Michel Dorais, professeur émérite de l'Université Laval à la retraite,
Expert-conseil, sociologue de l'intimité et de la sexualité
Il a consacré une grande partie de sa vie, avec son conjoint, au soutien et au développement de la vie et des activités de la communauté gaie de la région de Québec. Son engagement dans la lutte contre le SIDA, entre autres, en a fait un allié important de l’organisme MIELS-Québec avec qui il a collaboré pendant longtemps comme homme d’affaires et citoyen concerné.
Le 2 janvier dernier, à sa résidence de Québec, Yvon Pépin, le fondateur du célèbre Sauna Hippocampe de la rue MacMahon, dans le Vieux-Québec, est décédé à l’âge de 89 ans. Entre les années 1960 et 2021, M. Pépin a été propriétaire de plusieurs établissements accueillant les membres de la communauté LGBTQ+ et leurs amis à Québec. Depuis quelques années, il vivait une retraite bien méritée.

Ceux qui l’ont connu savent que c’était un homme d’une nature humble et généreuse. Il a investi dans des entreprises pour la clientèle gaie à une époque où ce n’était pas évident de s’identifier à cette communauté.
La vie gaie a pris racine dans le Vieux-Québec. Le Sauna Hippocampe, rue Mac Mahon, où furent tournées des scènes du film Le Confessionnal de Robert Lepage, a été en opération pendant 48 ans. L’établissement réputé mondialement avait connu quelques transformations au fil des années et était devenu un hôtel pour hommes seulement. Il a fermé ses portes définitivement le 27 septembre 2021, durant la crise de la COVID 19. Les propriétaires ont toutefois mentionné à la presse qu'après 50 ans de bons services ils souhaitaient simplement passer à autre chose.
Pour l’organisme MIELS-Québec, cette fermeture fut un moment difficile puisque c’était un lieu privilégié depuis de nombreuses années pour la tenue de campagnes de sensibilisation au VIH et des cliniques de dépistage. De plus, l’Hippocampe agissait comme un acteur important du financement de l’organisme.

Yvon Pépin avait d’abord été tenancier de plusieurs bars gais à l’époque où l’homosexualité se vivait toujours dans la quasi-clandestinité. En 1960, il est propriétaire de la Taverne Sélect au Carré d’Youville, qu’il conservera jusqu’en 1965, alors qu’il lancera le Kajama, un bar-lounge spectacles, situé sur la Côte d’Abraham, où se produiront des vedettes populaires du Québec et d'ailleurs.
Le Kajama sera exproprié en 1969 pour permettre la construction de l’autoroute. La même année, Yvon Pépin ouvre l’Alouette, au 1169, Saint-Jean, un mini-complexe de trois étages qui devient rapidement très populaire. Au premier plancher, on retrouvait un restaurant; au second, un salon-bar avec juke-box et danse (premier permis de danse pour gais à Québec!); et, au troisième, une discothèque. Il le conservera pendant dix ans.
Rappelons qu’à l’époque, les bars fermaient à minuit le dimanche, à 2h du lundi au vendredi et à 3h le samedi.
En 1971, il procède à l’ouverture de l’Intendant, une vaste discothèque avec gogo boys, sur la Place Royale, près de l’église Notre-Dame-des-Victoires. Les 5 @ 7 du dimanche après-midi étaient très courus. En 1973, l’Intendant devient le Sieur de la Gorgendière et conserve sa vocation de discothèque jusqu’en 1981. On y ajoute des systèmes de son et d’éclairage avant-gardistes pour l’époque ainsi que la tenue d’activités spéciales à divers moments de l’année.
En 1973, à la suite des commentaires de clients qui voyageaient un peu partout et qui lui vantaient les saunas fort populaires aux États-Unis et en Europe, et après avoir lui-même constaté de quoi il en retournait, Yvon Pépin se risque dans une aventure en ouvrant le Sauna Hippocampe dans une ancienne église protestante, où logeait alors un studio de culture physique. Après de longues tractations de six mois avec la Ville de Québec, plutôt réticente à l’installation de ce genre de commerce, le maire Gilles Lamontagne, la veille de l’inauguration, permettra qu’on accorde le permis. Ouvert 24 heures par jour et avec ses 25 chambres, il devient rapidement un endroit de prédilection pour la clientèle gaie.

Yvon Pépin fut un témoin et un acteur privilégié de ce qui faisait les nuits chaudes de la communauté. Ils sont quelques-uns, en effet, à avoir marqué l’évolution de la communauté gaie de l’époque, ce qui a permis à celle-ci de se développer et d’être ce qu’elle est devenue ensuite. Cela ne s’est pas accompli sans embûches. Il a fallu que des individus tenaces, comme lui et quelques autres par la suite, osent et réussissent à franchir les obstacles.
À Québec, dans la communauté LGBTQ+, le nom de Yvon Pépin n’est pas très connu. Ce fut quand même l’homme le plus important. Il fut vraiment un pionnier. Il ouvrait des bars à une époque où les hommes n’avaient pas encore le droit de se toucher sur le plancher de danse et que les policiers surveillaient ça.
Les détails sur les obsèques seront dévoilés sous peu. En attendant, la direction et l’équipe des Guides GQ offrent leurs sincères condoléances à son conjoint, Gilles, avec qui il était en relation depuis 60 ans, ainsi qu’aux membres de la famille.
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SOURCES : MIELS-Québec, Fugues, Yvon Jussaume, Facebook (gayquebec2025)
Né Michel Seunes en 1932, Michel Conte aura été un artiste aux multiples talents tour à tour chorégraphe pour la télévision et la scène, auteur-compositeur-interprète et metteur en scène d'opéras, d'opérettes et de comédies musicales. Mais c'est comme auteur de la chanson Évangéline qu'il est passé à l'histoire au Québec et en Acadie.
Issu d'une famille paysanne. son talent est vite remarqué et il quitte sa Gascogne natale à treize ans pour étudier le piano et la composition au Conservatoire de Paris, puis la danse à Biarritz et il évolue ensuite en France dans le milieu du ballet classique. Au début de la vingtaine, il fréquente les salons parisiens où il côtoie Jean Cocteau et Charles Trenet qui lui prodigue ses encouragements. En 1955, il quitte la France après son service militaire et s'installe au Québec après avoir rencontré Raoul Jobin de la Maison du Québec à Paris.
Il débarque au Québec en octobre 1955 au moment où naissait la télévision à laquelle il imprimera sa marque en signant des chorégraphies innovantes, des ballets classiques présentés par Henri Bergeron à L’Heure du Concert aux fonds scéniques de l’émission de music-hall du dimanche. Il chorégraphie plusieurs ballets présentés à la télévision ou écrit de la musique qui sera utilisée par les grandes troupes de ballet canadiennes. Il mettra en scène plusieurs opéras, opérettes et comédies musicales, tant à la télévision que sur les planches. Le chorégraphe et danseur devient ainsi en quelques années une référence incontournable de la télévision canadienne en matière de danse et il influence directement le milieu en dehors de la télévision.
Mais c'est au cours des années 1960 qu'il entreprendra une carrière d’auteur-compositeur en composant des chansons pour Lucille Dumont, Monique Leyrac, Julie Harel, et Renée Claude pour qui il compose Shippagan qui met en scène l'exil acadien et qui deviendra un de ses grands succès. Et finalement, en 1971 il s'inspire du poème Evangeline, A Tale of Acadie de l’auteur américain Henry Wadsworth Longfellow (1847), pour écrire Évangéline, cette chanson sur l’héroïne fictive des Acadiens, Évangéline et son bel amant Gabriel, lors du Grand dérangement qui sera interprété par Isabelle Pierre et qui deviendra pour elle aussi son plus grand succès.
C'est en 1980 que Michel Conte bien avant que ce soit à la mode. fait sa sortie et parle de sa bisexualité dans Nu... comme dans nuages, un récit autobiographique.
En 2001, la partition de Évangéline, écrite trente ans plus tôt reparait et est interprétée successivement par Marie-Jo Thério, Lyne Lapierre et, plus récemment, Marie Williams et Annie Blanchard ce qui lui donne une deuxième vie à la radio et à la télévision.

En octobre 2006, à l’âge vénérable de soixante-quatorze ans, il reçoit de la SOCAN une plaque rappelant la première position de cette chansons à divers palmarès au cours de l’année écoulée. Le 28 octobre, lors du Gala de l’ADISQ, sa chanson Évangéline gagne le prix de la chanson de l’année. À cette occasion, le vétéran Michel Conte s’est déclaré « ému de recevoir » un prix pour cette chanson écrite il y a quarante ans. », en poursuivant que c’était « un miracle et un cadeau. » En entrevue à la télévision à cette époque, il rappelle que lorsqu’il avait écrit la chanson Évangéline « les Québécois ignoraient l’existence de l’Acadie. « Je fus le premier à parler de l’Acadie, et ça on ne pourra me l’enlever. »
Évangéline, interprétée par Isabelle Pierre en 1971
https://youtu.be/r4QtCJ0g0cI
Shippagan, interprétée par Renée Claude

https://youtu.be/_CU-7zoOWbw