Théâtre

Le Queer Performance Camp (QPC) est de retour en mode 100% présentiel. ENFIN ! La Chapelle Scènes Contemporaines aura le très grand plaisir d’accueillir Vivek Shraya et son spectacle How To Fail As a Popstar qui suivra la présentation de la création de FATHERMOTHER, BLACK MOON. Les trois partenaires, soit le MAI, Studio 303 et La Chapelle ont élaboré une programmation qui correspond en tous points à la mission de ce rendez-vous hivernal incontournable; bâtir la communauté et favoriser le développement d’artistes queers.

Voici les deux spectacles présentés à La Chapelle Scènes Contemporaines dans le cadre du Queer Performance Camp 2023.

Black Moon
BLACK MOON |de FATHERMOTHER

Mercredi 1er février 19H30 + Jeudi 2 février 19h30

Un spectacle sans texte. Après leur passage l’automne dernier à la Biennale d’art performatif de Rouyn-Noranda, FATHERMOTHER, le duo composé de Kezia Waters et Jordan Brown seront à La Chapelle au tout début de février.

BLACK MOON est une performance et une installation sur l’effondrement de l’espace et du temps lors d’un moment intime. On se retrouve à naviguer à l’intérieur d’une intimité dans divers espaces – l’église noire de nos ancêtres, une praxis de la maison et l’architecture de notre propre corps – en nous fiant uniquement à nos sensations comme sens de l’orientation. Alors que nous négocions notre amour l’une ou l'un pour l’autre, nous devons continuellement compenser le monde extérieur et le rassembler dans le cadre des limites de notre relation. Notre amour épouse la fluidité, la pluralité et la confiance radicale comme moyens de naviguer la vie et les risques qu’elle contient. BLACK MOON se questionne: comment créer un espace tout en le détruisant activement par un rituel de possibilités obscures ?


Black Moon

Fathermother est un duo créant des performances sur les possibilités radicales de la communauté queer noire. En tant que couple à la fois créatif et romantique, FATHERMOTHER considère l’amour à la fois comme une éthique et comme un vide: les deux artistes croient qu’il dépend de l’indétermination et d’un mouvement en perpétuelle expansion, mais qu’il s’agit en même temps d’un espace aux limites claires, défini par la sécurité, l’avenir et la communion. Établi à Chicago en Illinois, FATHERMOTHER a présenté son travail au No Nation Performance Art Lab (Chicago), à l’Université de l’Ohio (Athens, OH) et à Dazibao (Montréal, Qc), et est membre du Black performance art collective Suspended Culture.

How to fail as a popstar
HOW TO FAIL AS A POPSTAR |de VIVEK SHRAYA

Une production Canadian Stage

Lundi 6 février 19H30 + Mardi 7 février* 19H30 + Mercredi 8 février* 19H30

Présenté en anglais | *Représentations avec surtitres en français

La tournée How to Fail as a Popstar fera deux arrêts remarqués au Québec. Une première montréalaise à La Chapelle du 6 au 8 février, suivi de deux représentations, les 11 et 12 février dans le cadre du Mois Multi festival international d’arts multidisciplinaires et électroniques, à Québec.

Éclairante, brute, honnête et pleine d’espoir, cette première œuvre théâtrale raconte le parcours de Vivek sur la «quasi» célébrité dans le monde de la musique pop. Une réflexion sur le pouvoir de la culture pop, les rêves, les déceptions et l’autodétermination, cette performance étonnante est un triomphe dans la recherche d’une voix authentique.


Vivek Shraya est une artiste dont l’œuvre franchit les frontières de la musique, de la littérature, des arts visuels, du théâtre et du cinéma. Son album Part Time Woman a été sélectionné pour le prix Polaris et son livre à succès I’m Afraid of Men a été qualifié de « carburant à fusée pour la culture » par Vanity Fair. Elle est également la fondatrice de la maison d’édition primée VS. Books, qui soutient les écrivains PANDC émergents. Finaliste à sept reprises du Lambda Literary Award, Vivek a été Grand Marshal de la semaine de la fierté de Toronto et ambassadrice de marque pour MAC Cosmetics et Pantene. Aussi membre du conseil d’administration de la Tegan and Sara Foundation et professeure adjointe de création littéraire à l’université de Calgary, elle travaille actuellement à l’adaptation de sa première pièce pour la télévision, How to Fail as a Popstar, avec le soutien de la CBC. VIVEKSHRAYA.COM

Pièce et chansons originales écrites et interprétées par Vivek Shraya. Composition Vivek Shraya, James Bunton

Mise en scène Brendan Healy | Assistante à la mise en scène Clare Preuss

Conception du décor et des costumes Joanna Yu |Conception des éclairages C.J. Astronomo |Associée à la conception des éclairages Imogen Wilson |Conception sonore James Bunton |Régie Jessica Severin |Apprentie à la régie Kimberly Moreira |Chorégraphe William Yong | Costumière Ming Wong |Coordination des costumes Allie Marshall |Monteuse Marlee Bygate |Accessoiriste Mary Spyrakis |Chef technician Jon Cunningham |Photographie Heather Saitz | Production originale Canadian Stage

En savoir plus : lachapelle.org/fr/programmation/how-to-fail-as-a-popstar-1

Ces spectacles sont présentés dans le cadre du Queer Performance Camp en partenariat avec le Studio 303 et le MAI. Le Queer Performance Camp souhaite créer de nouvelles façons d’entrer en contact, de grandir et de bâtir la communauté en soutenant le développement d’artistes queers par le biais de spectacles, d’ateliers et de rencontres. Se déroulant au cœur de l’hiver, le QPC apporte l’amour, la lumière et le queer self-care à une période froide et sombre de l’année.

Une collaboration du Studio 303, du MAI (Montréal, arts interculturels) et de La Chapelle Scènes Contemporaines

Dans une mise en scène de René Richard Cyr, le théâtre musical Hedwig et le pouce en furie reprendra l’affiche au Studio TD à Montréal, du 26 janvier au 4 février 2023, et sera présenté en tournée à travers le Québec.

Edwig
https://youtu.be/zgCfOsmlcek
Hedwig et le pouce en furie est une traduction et une adaptation du théâtre musical rock Hedwig and the Angry Inch, réalisée par René Richard Cyr, en collaboration avec Benoît McGinnis.
Du haut de ses talons métalliques tout en arborant l’iconique perruque, Hedwig (Benoît McGinnis), une chanteuse allemande personnifié par un homme, se raconte à travers le rock’n’roll.
Ni transgenre, ni drag queen, notre protagoniste est aux commandes d’un groupe nommé Le Pouce en furie, baptisé ainsi en hommage à son organe génital, fruit d’une opération de changement de sexe ratée. Grâce à cette intervention chirurgicale, Hedwig a pu marier un soldat américain et enfin quitter l’Europe de l’Est. Hedwig livre ses tumultes amoureux qui l’ont mené de Berlin Est à Junction City au Kansas. Yitzhak, son choriste et mari, interprété par Élisabeth Gauthier Pelletier complète la formation glam rock. Malgré les embûches, une chose subsiste et anime profondément Hedwig: le rock’n’roll.
Hedwig and the Angry Inch, la version originale, a été écrite par l’acteur, réalisateur et auteur américain John Cameron Mitchell et créée en collaboration avec le compositeur Stephen Trask qui signe les paroles et la musique
À sa première représentation Off-Broadway en 1998, Hedwig and the Angry Inch s’est mérité le Prix Obie et le Prix Outer Critics Circle Award pour la meilleure comédie musicale Off-Broadway. En 2014, Hedwig and the Angry Inch, mettant en vedette Neil Patrick Harris, a été présenté pour la première fois sur Broadway et a remporté quatre Tony Awards. La pièce a rayonné à maintes reprises à travers le monde.
Hedwig and the Angry Inch a aussi fait l’objet d’un film culte en 2001 interprété et dirigé par John Cameron Mitchell. L’adaptation cinématographique a remporté plusieurs prix dont au Festival Sundance et au Festival international du film de Berlin, en plus de recevoir une nomination au Golden Globes.

À l'occasion de la 24e Conférence internationale sur le sida et en prélude au festival Fierté Montréal, Rapture met en scène dix interprètes-créateurs.rice.s qui rendront hommage aux millions de personnes tragiquement décédées du sida. C'est un spectacle où s'entremêlent les touchantes confessions de ce groupe de personnes qui décident de continuer à se battre contre la sérophobie et contre le VIH; un fardeau quotidien qui, bien qu’ardu et complexe, parfois d'une violence indicible, demande une résilience irréprochable.


Rapture
Concept artistique et guide chorégraphique: Dave St-Pierre; interprètes-créateurs.rice.s: Stacey Désilier, Nicholas Bellefleur, Tony Bougiouris, Miranda Chan, Lael Stellick, Rony Joaquin Figueroa (Kuntiana), Emilio Brown, Vincent Reid, José Dupuis et Mélusine Bonillo; musique : Yann Villeneuve; concept lumière : Jon Cleveland; guides-assistant.e.s : Marie-Eve Carrière et Alex Huot.

Pierre Perreault

On connaît mieux le Michel Tremblay romancier, conteur, traducteur, adaptateur, scénariste de films et parolier de chansons, que le dramaturge. Pourtant, l’auteur qui vient de célébrer ses 80 ans en juin, récidive avec une neuvième œuvre théâtrale à son actif, « Cher Tchekhov », parue en 2019. Le Théâtre français du Centre national des Arts  la présentera en novembre  avec une distribution remarquable, dirigée et mise en scène par Serge Denoncourt.
Ce n’est pas la seule incursion de Tremblay dans l’univers de Tchekhov. Le Théâtre Prospero accueillait sur ses planches la pièce Platonov, Amour Haine et Angles Morts d’Anton Tchekhov pour 15 représentations du 23 novembre au 11 décembre 2021 dans une version traduite en québécois par Michel Tremblay, à la demande expresse de la direction du théâtre.
« Cher Tchekhov » est le résultat d’une démarche de Tremblay à la suite d’un blocage alors qu’il écrivait cette pièce, vers 2014. Dans son roman « Le cœur en bandoulière », on explique cette démarche. « Seul à Key West, alangui, le dramaturge des Belles-Sœurs replonge avec une certaine anxiété dans une pièce en hommage à Tchekhov, projet resté en rade il y a plusieurs années et toujours, en son cœur, à terminer. Après doutes et tergiversations, il décide de relire Cher Tchekhov tout en la commentant, puis d’en poursuivre l’écriture. Il s’y remet avec la peur de ne pas pouvoir aller, cette fois encore, au bout du défi qu’il s’était initialement lancé. Pourra-t-il éviter ce qu’il appelle « la grande maladresse » qui l’avait conduit à arrêter la pièce après quatre-vingts pages, bloqué, désarçonné, décontenancé qu’il était par des personnages n’arrivant pas à lancer leurs coups de gueule, ces explosions de colère et de violence qui constituent pourtant sa signature ? »
Le résultat de cette réécriture est étonnant et magistral. « Quand j’ai relu la pièce, étonnamment, même si je n’en gardais pas un bon souvenir, j’ai aimé ça, affirme Michel Tremblay. J’ai donc choisi de mettre en scène mon alter ego, Jean-Marc, et son propre alter ego dans la pièce, Benoît, le dramaturge. C’est une mise en abyme d’une mise en  se passe dans une famille d’acteurs. Et voilà qu’apparaissent, dans les splendeurs de l’automne, les préparatifs d’un souper à l’ombre d’une maison centenaire à Vaudreuil. Dans cette fratrie de théâtre, il y a un auteur en panne d’écriture depuis qu’un critique l’a descendu trois ans auparavant. Or, lorsque paraît l’aînée, l’étoile de cette dynastie avec le critique en question à son bras, on comprend que le ciel va leur tomber sur la tête.

Tour à tour léger et poignant, caressant et féroce, drôle et bouleversant, Michel Tremblay, en totale maîtrise de son art, nous entraîne à travers les doutes et les bonheurs de la création. Sous le regard malicieusement bienveillant de Tchekhov, il nous pose les questions universelles qui viennent avec l’âge: ai-je déjà donné le meilleur de moi-même? Suis-je dépassé par la jeunesse ? Que puis-je y faire ?
Serge Denoncourt, qui fréquente avec bonheur Tremblay – et Tchekhov! – depuis plus de trente ans, a rassemblé une distribution à la hauteur de cette création d’envergure, où brillent entre autres les noms de Gilles Renaud (Jean-Marc), Anne-Marie Cadieux (Claire), Éric Bruneau (Christian) et Maude Guérin.

Du 11 au 14 novembre 2022, au Centre national des Arts

En ce 25 juin 2022, notre grand romancier et dramaturge national, Michel Tremblay, a 80 ans bien sonnés. Je me joins aux très nombreux admirateurs et lecteurs pour lui souhaiter un très joyeux anniversaire et une longue vie et bien des romans et des œuvres pour notre plus grand plaisir.
Tout le peuple québécois est redevable à Michel Tremblay d’avoir osé il y a plus de 50 ans donner droit de cité à notre langue québécoise dans la littérature, sur la scène, au cinéma comme à la télévision. D’avoir mis en scène et donné la parole à celles et ceux qui étaient jusque là exclus des grandes scènes théâtrales comme des plateaux : les femmes à la maison, les travailleuses et la classe ouvrière, les marginalisées, travestis, gais, lesbiennes, à leurs amours, à leurs rêves, à leurs tourments.


Jean-François Quesnel Hosanna
La communauté LGBT au Québec en particulier doit beaucoup à son plus illustre auteur. Je suis convaincu que si Michel Tremblay n’avait pas été là dans notre histoire à un tournant où s’affirmait le Québec moderne, notre sortie du placard aurait été beaucoup plus ardue. Comme je dis toujours quand je veux expliquer aux plus jeunes ce qu’était le Québec quand mon prédécesseur Alain Bouchard a publié pour la première fois le Guide gai du Québec en 1979, à l’époque, on ne connaissait que deux gais au Québec : Michel Tremblay et Michel Girouard.
Dès ses premières œuvres à la fin des années 1960, Michel Tremblay a mis en scène des personnages LGBT, non pas comme des caricatures ou des êtres risibles, mais des personnages profondément humains non pas confinés au ghetto, mais capables d’exprimer des sentiments universels. Lui-même n’a pas caché son orientation sexuelle alors que l’homosexualité venait à peine d’être décriminalisée et qu’il n’existait encore aucune protection juridique pour notre communauté qui continuait d’être ouvertement victime de discrimination.
En se retrouvant au confluent de plusieurs mouvements sociaux d’émancipation qui étaient en train de redessiner le Québec moderne, du peuple québécois méprisé, des femmes, de la classe ouvrière, des LGBT, il a largement contribué à nous faire apparaitre dans la culture et dans la société. Je me souviens ado être allé voir au cinéma Berri le film ‘’Il était une fois dans l’Est’’ inspiré de ses premières pièces, d’autant plus que le film se terminait avec la mort de la serveuse Lise Paquette, incarnée par ma cousine Frédérique Collin, d’un avortement clandestin. Au lendemain de la nouvelle décision de la Cour suprême des États-Unis qui renverse l’arrêt Roe VS Wade et ouvre la porte à la recriminalisation de l’avortement dans ce pays, cette thématique démontre une fois de plus comment le dramaturge était en avance sur son époque il y a un demi-siècle. Et dans ce film diffusé sur grand écran aux quatre coins du Québec, il y avait littéralement des personnages gais, lesbiennes, bisexuels et travestis, LGBT. Quatre ans après la décriminalisation de l’homosexualité, deux ans après que Radio-Canada ait retiré des ondes le téléroman Le Paradis terrestre parce que deux hommes se prenaient la main devant des portes d’ascenseur qui se fermaient. Le contraste témoigne de l’audace de Tremblay et de son rôle de précurseur.
Sans aucun doute, tout le succès qu’il a connu avec beaucoup d’audace en étant au diapason du nouveau Québec qui émergeait, a ouvert la porte à d’autres auteurs, à d’autres artistes qui ont eux aussi fait apparaitre nos réalités dans leurs œuvres. Des personnages gais sont apparus à la télévision, Luc Plamondon a créé le personnage de Ziggy dans Starmania, Clémence Desrochers nous a parlé des vieilles amantes dans ‘Deux vieilles’ et tranquillement nous sommes sortis du placard et apparus au grand jour autant au cinéma qu’à la télévision. Janette Bertrand a pris le relais et réalisé un travail d’éducation populaire incroyable et la société québécoise a changé et est devenue une des nations avant-gardistes dans le monde en matière des droits LGBT. Nos réalités, notre existence sont ainsi sorties de la marge.
C’est pour leur rendre hommage, et au premier titre pour rendre hommage à ce rôle de précurseur de Michel Tremblay et aussi de tous ces artistes qui, dans son sillage, de Marie-Claire Blais, de Luc Plamondon, de Clémence Desrochers à Xavier Dolan, à Pierre Lapointe, à Ariane Moffatt et tant d’autres, ont parlé de nos réalités, que j’ai choisi d’inclure quand je suis devenu éditeur du Guide gai du Québec, devenu les Guides GQ, des profils d’artistes gais et lesbiennes, ou s’étant illustrés dans la lutte contre l’homophobie et la transphobie dans nos guides, en les associant aux quartiers, aux régions d’où ils sont originaires, eux et elles qui nous ont fait apparaitre aux quatre coins du Québec. Une façon de faire réaliser aux touristes LGBT qu’ici au Québec, contrairement à la grande majorité des nations dans le monde, un auteur ouvertement gai, une artiste ouvertement lesbienne, bi ou trans fait fièrement partie de notre culture et non d’une sous-culture cachée, méprisée et marginalisée.
Au moment où je travaille sur une nouvelle édition post-pandémie du Guide GQ pour le Montréal métropolitain, je ne manquerai pas de souligner de nouveau ce grand apport et l’œuvre colossale de Michel Tremblay qui a fait découvrir au monde entier l’univers des quartiers populaires montréalais et de sa communauté LGBT. J’espère avoir la chance de le rencontrer de nouveau bientôt pour lui souhaiter ces vœux de vive voix… mais aussi d’avoir la chance de lui poser une question qui me chicotte depuis que j’ai découvert que mes arrière-grand-parents Gagnon étaient ses voisins de ruelle sur la rue Fabre où il a grandi : se pourrait-il que mon arrière-grand-mère Gagnon que je n’ai pas connue, lui ait inspiré un personnage des Belles-Sœurs?


Entretemps, je lui souhaite un anniversaire très gai et joyeux! Et je lui souhaite encore longue vie en le remerciant de toutes les œuvres dont il nous a fait cadeau et de nous avoir si gaiement sorti du placard.


Bon anniversaire Michel Tremblay et longue vie!

André Gagnon, éditeur


Par Pierre Perreault

Crédit photo: Benjamin Allain-Vaillant


Lorsqu’il a créé la troupe Ensemble – collectif théâtral LGBT en 2018, Jean-François Quesnel donnait suite à un goût pour les arts de la scène qui l’anime depuis son enfance, ayant grandi dans un environnement familial artistique. Aujourd’hui, avec trois productions à son actif, la troupe d’abord de type amateur s’est transformée en une entreprise personnelle destinée à produire du théâtre de niveau professionnel, avec Les productions Jean-François Quesnel.
Il définit cette troupe comme étant de profil queer+ et alliées, ayant pour mission de réunir des personnes issues des diversités qui sont passionnées de théâtre. « Nous misons sur l’ouverture du public : rallier les gens autour des différences, de la diversité », explique-t-il.
La plus récente production, avec la pièce Hosanna de Michel Tremblay, a fait passer la troupe à un niveau supérieur, grâce à la participation d’acteurs chevronnés et à une mise en scène que même son auteur a apprécié et salué, après avoir assisté à l’une des représentations à la Comédie de Montréal au printemps 2021.
« Au départ, je produisais et je jouais dans les pièces, et la mise en scène était effectuée par des professionnels. Pour Hosanna, j’ai fait le pari de réunir mes bonnes idées et ma motivation, pour mettre en scène ce chef d’œuvre théâtral créé pour la première fois en 1973 », affirme Jean-François Quesnel.
Il faut dire que la pandémie de COVID a eu un impact sérieux sur la production d’une pièce qui devait être présentée en 2021. Pour plusieurs raisons et après deux reports de dates, malgré le temps et l’énergie consacrée à préparer cette pièce à nombreux personnages, on a dû se résigner à abandonner le projet et passer à autre chose. C’est là qu’Hosanna est entrée dans le décor.

Jean-François Quesnel Hosanna

« C’est ma mère, l’artiste-peintre Dolores Desbiens, qui m’a amené vers cette pièce. Alors que j’étais allongé dans un hamac au bord de l’eau à Longueuil, au début de l’été 2021, réfléchissant à ce que je pourrais bien faire pour relancer la troupe, elle m’a suggéré de jouer du Tremblay. Il existe peu de théâtre à thématique LGBTQ+ ; cela devenait donc intéressant pour nous », précise Jean-François.
Hosanna touche les gens de la communauté, entre autres, en exposant une situation de relation de couple toxique qui survient encore aujourd’hui. Et la façon qu’a Tremblay de l’afficher et de la traiter, rend la chose encore plus attrayante pour les amateurs et les spectateurs. Une fois les droits d’auteur obtenus, on a invité Michel Tremblay à assister à la présentation. Ce qu’il a accepté d’emblée. « Dire que cela ne m’a pas causé un grand stress serait mentir. Mais de voir sa réaction sur le vif après la représentation, son émotion, son respect, c’était un cadeau impossible à qualifier tellement c’était un énorme soulagement, autant pour toute la troupe que pour moi. Cela a fait passer ce projet dans une autre dimension. M. Tremblay a démontré son soutien et son intérêt même après être venu assister », affirme l’homme de théâtre.


Tremblay Hosanna

Michel Tremblay et l'équipe 2021 d'Hosanna

Crédit- photo Martine Poulin


En réussissant à mettre à l’affiche le nom de Marc-André Leclair, la fameuse Tracy Trash du Cabaret Mado, jumelé à un acteur de talent pour le rôle de Cuirette, on pouvait s’attendre à un cocktail explosif. Ce fut un succès d’assistance pour les quelque huit représentations de l’automne dernier. La pièce partira en tournée, avec un nouvel acteur pour le rôle de Cuirette, Florent Deschênes, dans Lanaudière, à Val d’Or pour la Fierté, à Lévis et un retour à Montréal en août dans le cadre du Festival Fierté Montréal.
L’effet « Tremblay » se poursuivra en 2022-2023 alors que Jean-François Quesnel se prépare à monter et produire « La Duchesse de Langeais », avec Luc Arsenault dans le rôle principal. On doit s’attendre à une version recréée et revampée de la duchesse, loin de celle imposée par le regretté comédien Claude Gay qui l’avait incarnée dans le film d’André Brassard en 1974, « Il était une fois dans l’est ». Le projet entre actuellement dans son étape de création et de planification, avant que ne débutent les répétitions.
Qu’est-ce qui motive et passionne aussi Jean-François Quesnel ? Il s’est récemment transformé en directeur de casting pour deux productions cinématographiques québécoises. D’abord le film Drag de Sophie Dupuis, actuellement en fin de tournage, dans lequel Marc-André Leclair joue un rôle important. Plus de 200 personnes de la communauté LGBT ont été auditionnées pour cette production. Par la suite, il a agi à ce titre pour le film « Pour ceux qui errent seuls dans le noir », dont la production devrait débuter plus tard cette année.
C’est le hasard qui l’a amené au casting. « Sophie Dupuis, la réalisatrice de Drag, est venue voir Hosanna. Elle m’a ensuite écrit pour me parler de son projet qui débutait. Mon expérience en direction d’acteurs et en mise en scène a joué en ma faveur pour le recrutement des personnages identifiés pour participer à ce tournage. Comme professionnel passionné, structuré et bien organisé, je pouvais sans crainte m’engager dans cette nouvelle expérience », conclut Jean-François.
Travailler avec des acteurs qui vont pouvoir vivre les projets, pas seulement les jouer, toucher les gens avant tout, voilà ce qui constitue l’essence même de la motivation de la compagnie de Jean-François Quesnel. Le développement du rôle de directeur de casting pour le cinéma est également dans ses plans. Comme le nombre de tournages cinématographiques est constamment en hausse à Montréal, et que les producteurs souhaitent davantage travailler avec des ressources locales, il y a fort à parier que cela se concrétisera.

« Drag la nuit, Hosanna pour la vie » pourrait être le slogan de Marc-André Leclair, tant son interprétation du célèbre personnage de Tremblay marque les esprits. Une révélation ? Pour les critiques, c’est unanime. S’il est connu pour l’exubérance de Tracy Trash dont il revêt les plumes et les paillettes au Cabaret Mado, il est en voie d’être reconnu en tant que comédien à part entière pour son jeu à la fois puissant et à fleur de peau.

Bien entendu, Hosanna ne serait pas Hosanna sans Cuirette, que Florent Deschênes interprète avec justesse, subtilité et amour, le tout dans une mise en scène touchante et maîtrisée de Jean-François Quesnel. Aux dires de Michel Tremblay lui-même : « J’ai vu une dizaine de productions depuis 1973, et c’est l’une des meilleures ».

Après 15 représentations à guichet fermé à la Comédie de Montréal et une tournée à l'affiche à travers le Québec, nul doute qu’Hosanna est la pièce à ne pas manquer en 2022.

Soyez captivé.e par ce retour inattendu, bouleversé.e par l’actualité des thèmes, touché.e par la complicité des amants si amoureux, mais tellement maudits et en maudit.

« Moé, j’me disais… un jour, toué aussi tu vas faire ton entrée ! Ah, ça va être une ben p’tite entrée à côté de ça, mais ça va être mieux que rien… » - Hosanna

Sois belle et rassurée Hosanna, tu as fait une méchante belle entrée.


20-21-22 mai

Ranch O BoisRond St-Côme

https://www.theatreduranchoboisrond.com/programmation-2022nouvelle-page?mobile=true

26 et 27 mai au Vieux Bureau de poste de Lévis

https://www.vieuxbureaudeposte.com/spectacles/theatre

Comédie de Montréal
5-6 août

https://lepointdevente.com/?q=Hosanna&locality=11&radius=100

5 juin Fierté de Val d'Or

Crédit photo et infographie Martine Poulin

Pierre Perreault

La Face cachée de la Lune raconte la réconciliation entre deux frères, avec en toile de fond la course à la Lune entre les Américains et les Soviétiques.
Robert Lepage ne croyait pas, lorsqu’il a écrit cette pièce, qu’elle serait toujours jouée 22 ans plus tard. Il l’a joué lui-même 117 fois. Son ami et comédien fétiche, Yves Jacques, joue La Face cachée de la Lune, de Robert Lepage, depuis 2003. Il s’est attaqué, le 15 avril dernier, au fabuleux théâtre Le Diamant de Québec, à la 354e représentation d’une série de 12 nouvelles à cet endroit.
On lui demande, parfois, s’il est tanné de jouer cette œuvre créée sur les planches du Trident en 2000, une aventure qui l’a amené un peu partout sur la planète. « Je ne suis pas tanné de jouer du Robert Lepage. C’est une grande œuvre », a-t-il lancé.

Face cachée de la lune 2

Robert Lepage précise que le spectacle résonne d’une autre façon avec cette guerre qui se déroule en ce moment en Ukraine.
« Ça parle des Russes et des Soviétiques à une certaine époque avec une Russie qui retourne pas mal vers l’Union soviétique en ce moment. Au bout du compte, La Face cachée de la Lune est un spectacle sur comment on trouve les poignées pour se réconcilier et de quelle façon on prend les choses », croit-il.
« Cette histoire de deux frères qui ne s’entendent pas et qui essaient de trouver des façons de se réconcilier a une tout autre portée en Corée. C’est toujours étonnant. On ne sait pas comment les choses vont être perçues », raconte Yves Jacques, qui l’a jouée là-bas en 2003 et 2018. « Des gens en pleurs sont venus me voir après le spectacle. C’est comme l’Ukraine et la Russie en ce moment avec des familles déchirées », explique-t-il.
Les téléspectateurs québécois ont pu en voir une captation en direct par Télé-Québec, durant la pandémie, le 6 février 2021. Un beau cadeau tout de même pour les milliers de personnes qui n’ont pas le privilège d’aller au théâtre.
Les deux comédiens seront réunis sur scène le 1er mai lors d’un événement-bénéfice du Diamant, pour une représentation spéciale de La Face cachée de la Lune. Ils revivront l’expérience vécue le 6 février 2021 pour la télé.


La Face cachée de la lune

Créateurs : Ex Machina / Robert Lepage
Théâtre Le Diamant, Québec, salle Hydro-Québec, 15 au 30 avril 2022— 120 minutes sans entracte
Billetterie : https://billets.lediamant.ca/

Le Diamant

Synopsis :
Avant que Galilée ne pointe son télescope vers le ciel, on considérait la lune comme un gigantesque miroir dont les sommets et les vallées reflétaient les mers et les montagnes terrestres. Quand les soviétiques envoyèrent une sonde contourner la lune pour en rapporter des images inédites, l’humanité étonnée découvrit une surface grêlée par des myriades de débris célestes. Les scientifiques américains parlèrent longtemps du visage défiguré de la lune, sans doute parce que les traits de sa face cachée portaient désormais les noms de cosmonautes, d’inventeurs et de poètes russes.
La Face cachée de la lune repose sur la relation houleuse entre deux frères aux ambitions parfaitement opposées, et sur l’improbable rapprochement mutuel que provoquera le décès de leur mère. En toile de fond, la course à la lune russo-américaine des années 60, où les perdants ne sont peut-être pas ceux que l’on imagine. Entre l’anodin et le sublime, il y a une ligne parfois mince. Ici, une poésie toute visuelle permet au personnage central, Philippe, de passer de la banalité du quotidien à la majesté du monde spatial, d’échapper à la force d’attraction terrestre pour aspirer à la légèreté du vide sidéral. - Leclerc


Extrait vidéo : https://youtu.be/EHNRH2mDeA8

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Originaire de Shawinigan, Serge Denoncourt est un des acteurs et des metteurs en scène les plus prolifiques du théâtre québécois avec plus de 120 mises en scène. Après avoir fondé et dirigé le Théâtre de l’Opsis en 1984, il assume de 1994 à 1997 la direction artistique du Théâtre du Trident à Québec. Un parcours assez exceptionnel pour celui qui avait d’abord envisagé d’étudier la médecine avant d’être admis à l'École nationale de théâtre du Canada, puis inscrit au programme de théâtre du Collège Lionel-Groulx. Il a mis en scène non seulement les plus grands classiques du théâtre international, de Molière à Tennessee Williams en passant par Tchékhov, mais aussi les plus grandes pièces de nos plus brillants dramaturges dont Michel Tremblay et Michel-Marc Bouchard. En 2012 et 2015, il signe la mise en scène des deux créations récentes de Michel-Marc Bouchard, Christine, la reine-garçon et La Divine Illusion

En plus de son travail pour l'Opsis et le Trident, il a également dirigé au Cégep Lionel-Groulx, au théâtre Denise-Pelletier, au théâtre de Quat'Sous et au théâtre du Nouveau Monde.

Artiste polyvalent, il travaille également à l'opéra et en variétés. Il est le metteur en scène du spectacle d'Arturo Brachetti et a développé le concept visuel et artistique de deux tournées mondiales de la star européenne Eros Ramazzotti.

Le récipiendaire de quatre Masques et d’un Molière (Paris, 2000) a également conçu et mis en scène le spectacle Criss Angel Believe du Cirque du Soleil à Las Vegas.

À l'été 2011, en compagnie du gagnant du concours de danse So you think you can dance, le jeune Nicolas Archambault, il met sur pied un spectacle avec de jeunes tziganes à Belgrade nommé GRUBB The Musical, un projet mis sur pied pour soutenir les jeunes avec des projets éducatifs et artistiques. Ils se produiront au Festival international de jazz de Montréal dès l'été 2012.

En 2015, il devient une figure connue du grand public alors qu’il devient juge à l’émission Les Dieux de la Danse à Radio-Canada.

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